
En quelques semaines, les conditions de travail sur les ACV RE2020 ont changé. La base INIES, référence nationale pour les données environnementales des produits de construction, a procédé au retrait d'un grand nombre de fiches FDES expirées. Des données que les bureaux d'études mobilisaient depuis des mois, parfois sur des projets déjà bien avancés, ne sont plus accessibles.
Ce n'est pas un ajustement mineur. Pour certains lots courants comme les peintures ou les volets roulants, les fiches qui servaient de référence systématique ont disparu de la base. Le travail de modélisation doit être repris. Les hypothèses changent. Et les résultats avec elles.
Pour les maîtres d'ouvrage, la situation est tout aussi concrète. L'Ic Construction peut grimper mécaniquement sur un projet inchangé. Ce qui était dans les clous hier peut se retrouver à la limite aujourd'hui.
Voici ce que ce retrait change vraiment, et comment s'y adapter.
La base INIES est la base de données de référence en France pour les déclarations environnementales des produits et équipements de construction. Elle rassemble les fiches FDES et les PEP (Profils Environnementaux Produits), utilisées pour réaliser les analyses du cycle de vie dans le cadre de la réglementation RE2020.
Une FDES est un document technique produit par un fabricant pour un produit donné. Elle décrit l'impact environnemental de ce produit sur l'ensemble de son cycle de vie : extraction des matières premières, fabrication, transport, mise en oeuvre, usage et fin de vie. Ces données sont indispensables pour calculer l'empreinte carbone d'un bâtiment en RE2020.
Chaque FDES a une durée de validité de cinq ans. Passé ce délai, elle doit être renouvelée par le fabricant ou retirée de la base. C'est précisément ce qui vient de se produire à grande échelle. La base INIES a procédé au retrait d'un nombre important de FDES expirées, pour partie en raison de problèmes de format de données devenus incompatibles avec les évolutions techniques de la plateforme.
Le résultat est immédiat. Des centaines de fiches qui étaient disponibles il y a encore peu de temps ne le sont plus. Pour les équipes qui pilotent des ACV RE2020 en ce moment, c'est une contrainte nouvelle et concrète.
Pour les projets sur lesquels une ACV a déjà été réalisée et les données figées, la situation est claire. Les résultats produits à partir des FDES disponibles à ce moment-là restent valables. Le retrait de ces fiches de la base INIES n'invalide pas rétroactivement les calculs effectués.
C'est une bonne nouvelle pour les études en phase avancée. Un dossier déposé avec une ACV complète n'est pas remis en cause par les retraits récents. Les données utilisées sont documentées. Elles peuvent être justifiées auprès des contrôleurs si nécessaire.
En revanche, dès lors qu'une nouvelle itération de modélisation est nécessaire sur ce même projet, la situation change. Si le bureau d'études thermique doit reprendre le modèle, actualiser des hypothèses ou intégrer des variantes, il travaille alors avec les données actuellement disponibles dans la base. Et certaines des fiches initialement utilisées n'y sont plus.
Pour les projets dont l'ACV est en cours ou à lancer, le retrait crée une difficulté réelle. Des fiches qu'on mobilisait systématiquement pour certains lots ne sont plus disponibles. C'est le cas notamment pour les peintures et les volets roulants, deux familles de produits pourtant très courantes dans les projets de construction neuve.
Face à l'absence d'une FDES spécifique, deux options existent. La première consiste à trouver une FDES équivalente dans la base. Si un autre fabricant propose une fiche pour un produit comparable, techniquement acceptable pour le lot concerné, elle peut être mobilisée. Ce travail de substitution demande du temps et une connaissance fine de la base.
La seconde option est le recours à une DED : une Donnée Environnementale par Défaut. Ces données sont fournies par le CSTB pour pallier l'absence de FDES spécifique. Elles permettent de poursuivre le calcul ACV. Mais elles ne représentent pas le produit réel. Ce sont des valeurs forfaitaires conservatives, délibérément pénalisantes pour inciter les fabricants à produire leurs propres déclarations.
C'est sur ce point précis que l'impact se fait le plus sentir pour les bureaux d'études.
L'écart entre une FDES et une DED n'est pas marginal. Il peut transformer la lecture complète d'un projet.
Prenons l'exemple du volet roulant. Avec une FDES configurée à l'unité ou par DE-baie, on déclare l'impact environnemental réel du produit installé sur le projet. La valeur est précise. Elle reflète les caractéristiques du produit, son mode de fabrication, son poids, ses composants.
Avec une DED, l'impact carbone peut être multiplié par 3, voire davantage. Et ce, sans que le choix constructif ait changé d'un iota. Le même volet, posé dans les mêmes conditions, affiche un impact carbone largement supérieur selon la donnée retenue.
Ce facteur multiplicateur tient à la logique même des DED. Elles sont conçues pour être défavorables. C'est leur rôle : créer une pression sur les fabricants pour qu'ils produisent leurs propres FDES et alimentent la base. Mais pour le bureau d'études qui les utilise faute de mieux, elles pèsent directement sur les résultats de l'analyse du cycle de vie du bâtiment.
L'impact carbone calculé monte. Le bilan environnemental global se dégrade. Les marges de manoeuvre pour atteindre les seuils RE2020 se réduisent. Et tout cela sans qu'une seule décision constructive ait été modifiée.
L'Ic Construction est l'indicateur RE2020 qui mesure l'impact carbone de la construction proprement dite. Il intègre notamment les données issues de l'ACV des produits et matériaux de construction. Quand les données environnementales utilisées dans le calcul deviennent moins favorables, l'Ic Construction augmente.
C'est exactement ce qui peut se produire suite au retrait des FDES. Un projet dont l'ACV doit être reprise avec des DED à la place de FDES spécifiques voit mécaniquement son Ic Construction grimper. Le projet est le même. Les produits sont les mêmes. La réglementation n'a pas changé. Seule la donnée d'entrée a changé.
Pour un maître d'ouvrage qui pilote son projet en cherchant à rester dans les seuils RE2020, cette hausse mécanique peut créer des tensions. Un projet confortablement en dessous du seuil peut se retrouver plus proche de la limite. Dans certains cas, des arbitrages deviennent nécessaires.
Au-delà des chiffres, c'est la cohérence des préconisations qui peut être mise en question. Sur un projet en cours, les choix constructifs ont souvent été guidés par les résultats d'une première ACV. Une orientation de façade, un système de menuiserie, un isolant : ces choix ont été faits en connaissance des données environnementales disponibles au moment de l'étude.
Si ces données changent en cours de route, les conclusions peuvent changer aussi. Un produit qui semblait pertinent sur le plan environnemental peut devenir moins intéressant. Un arbitrage fait en phase esquisse peut se révéler sous-optimal au regard de la nouvelle modélisation.
Ce n'est pas une remise en cause systématique. Mais c'est un risque réel sur les projets qui passent d'une phase à l'autre. Et c'est un argument fort pour sécuriser le référentiel de données le plus tôt possible dans la vie du projet.
Face à cette situation, plusieurs réflexes permettent de limiter les impacts sur les projets en cours et à venir.
Le premier est de ne pas attendre pour lancer l'ACV de cadrage. Même provisoire, même partielle, une ACV réalisée tôt permet de figer un référentiel de données. Les FDES mobilisées à ce stade sont documentées. Même si elles venaient à être retirées de la base INIES par la suite, les données utilisées restent valables pour le projet. C'est une protection concrète contre les évolutions futures de la base.
Le deuxième réflexe est de travailler à la substitution dès que possible. Quand une FDES disparaît, l'identifier rapidement et chercher une fiche équivalente dans la base évite de basculer par défaut sur une DED. Ce travail de veille et de substitution demande de la réactivité. Il est d'autant plus efficace qu'il est anticipé.
Il est également utile d'identifier, en phase amont, quels lots sont les plus exposés aux variations de données. Prioriser les produits pour lesquels des FDES actualisées existent déjà réduit l'exposition aux DED. Certains fabricants ont d'ores et déjà renouvelé leurs déclarations. D'autres sont en cours de mise à jour. La situation évolue, et pas toujours dans le mauvais sens.
Enfin, maintenir une veille active sur les évolutions de la base INIES fait partie du travail. Les retraits récents ne seront probablement pas les derniers. Mais des fiches nouvelles ou renouvelées vont également apparaître. Être informé permet d'intégrer ces évolutions au bon moment dans la modélisation.
AGITEM, bureau d'études spécialisé dans les analyses du cycle de vie et les études environnementales réglementaires, accompagne les maîtres d'ouvrage et les équipes de conception dans le pilotage de leurs projets RE2020.
Notre équipe suit en temps réel les évolutions de la base INIES. Nous identifions les retraits de FDES susceptibles d'affecter les projets en cours. Nous proposons des solutions de substitution et gérons la mise à jour des modèles ACV selon les données disponibles.
Sur les projets en phase amont, nous recommandons systématiquement une ACV de cadrage précoce. Elle permet de sécuriser le référentiel de données, d'orienter les arbitrages constructifs avec des données solides et de réduire les risques liés aux évolutions ultérieures de la base.
Sur les projets en cours, nous intervenons pour reprendre les modèles impactés, identifier les lots concernés par les retraits de FDES et proposer des alternatives documentées.
Travailler sur une ACV RE2020 dans le contexte actuel demande une double compétence. Il faut maîtriser la réglementation et connaître la base de données dans son état réel et ses évolutions. C'est ce qu'AGITEM apporte à chaque mission.
Le retrait massif de FDES sur la base INIES n'est pas un incident technique isolé. C'est un signal sur la façon dont les données environnementales vont continuer d'évoluer dans les années à venir. La base sera alimentée, renouvelée, parfois appauvrie avant d'être enrichie de nouveau.
Pour ceux qui pilotent des projets en RE2020, la question n'est pas de savoir si la base va encore changer. Elle va changer. La question est d'être en position de gérer ces changements sans que les projets en soient déstabilisés.
Cela passe par une stratégie ACV claire. Travailler tôt, documenter les données utilisées, anticiper les arbitrages et s'appuyer sur des équipes qui suivent la base en temps réel. C'est dans cette logique qu'AGITEM intervient sur chaque projet.